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Transcript of OLIVIER RAYET - .de voir apparaître le reste de la statue, lorsque la brusque intervention de la

  • N O T E S U R U N K

    TTE ARCHAQUE EN MARBRE P R O V E N A N T D ' A T H N E S

    L'AR

    OLIVIER RAYET

    Extrait des Monuments grecs publis par l'Association pour l'encouragement

    des tudes grecques en France. N 6. Anne 1877

    PARIS

    T Y P O G R A P H I E G E O R G E S C H A M E R O T 1 9 , Il U D E S S A I N T S - P R E S , 1 9

    1 8 7 8

  • N O T E St'R UNE

    TTE ARCHAQUE EN MARBRE P RYA D A MNES

    I

    O L I V I E R R A Y E T

    E x t r a i t (les Monuments r/recs, il" ti. 1877.

    La tte dont cette notice est destine accompagner la gravure a t trouve il y a peu d'annes Athnes, vers l'ouest et tout auprs de l'usine gaz. Elle provient donc de l'un de ces monuments fun-raires qui faisaient la Voie Sacre une bordure ininterrompue, depuis le Dipvlon jusqu'au pont du Gpliise. Le mystre dont la svrit des lois grecques force les fouilleurs s'entourer ne m'a pas permis de connatre d'une manire plus prcise le lieu et les circonstances de la trouvaille. D'aprs ce qui m'a t racont, un pied aurait t dcou-vert en mme temps que la tte, et les travailleurs avaient bon espoir de voir apparatre le reste de la statue, lorsque la brusque intervention de la police vint interrompre leurs recherches. Le pied aurait t saisi et se trouverait aujourd'hui au ministre des affaires ecclsiastiques,

    (1877) 1

  • dans le bureau de l'phore, o toutefois je n'ai pu parvenir l'aperce-voir. La tte, dcouverte un peu auparavant et dj mise en lieu sr, aurait chapp aux recherches. Elle est en marbre du Pentlique et a, depuis la cassure du cou, une hauteur de 31 centimtres; elle est donc un peu plus grande que nature, et les anciens auraient appel colosse la statue laquelle elle appartenait. Cette statue n'est certainement pas reste longtemps debout sa place, car, part quelquesraflures pro-duites, soit par la chute, soit par la pioche des fouilleurs, le marbre a conserv un poli, une fracheur d'piderme que deux ou trois sicles d'exposition l'air auraient sans aucun doute suffi lui enlever. Peut-tre a-t-elle t prcipite de sou pidestal par les Perses de Xer-xs, au plus tard par les Lacdmoniens d'Archidamos, et les dbris en sont-ils, depuis cette poque, rests cachs sous la terre. La peinture n'a mme pas t efface : les cheveux sont d'un rouge brun encore assez vif, les g'iobes des yeux sont cerns, le long des paupires, d 'une ligne rouge trs-apparente, et les lvres ont conserv une lgre teinte rose. Quant aux chairs, elles sont toujours restes blanches.

    Trois choses frappent tout d'abord dans ce marbre : la manire trs-archaque dont la figure humaine est interprte; la puissance avec laquelle l'artiste a rendu la personnalit de son modle; enfin, dans un model trs-sobre et trs-discret, une science de la forme, une recherche du dtail et des dlicatesses de touche tout fait inat-tendues pareille poque.

    L'occiput, trs-dvelopp, fait paratre le front relativement bas : c'est l un caractre commun toutes les uvres de l'art g*rec pri-mitif, et que l'on retrouve encore dans les statues des dernires annes du sixime sicle, dans les guerriers des frontons d'Egine et dans l'Apollon en bronze du Louvre, trouv prs de Piombino, mais fondu certainement dans un atelier g'rec. La simplicit nave avec laquelle est indique la chevelure, les mches rgulirement tages depuis l'pi de l'occiput jusque sur le f ront , les rainures triangulaires qui les sparent, les ondulations, alternativement vers la droite et vers la gauche, par lesquelles le sculpteur a cherch faire sentir leur souplesse, sont galement des traits communs toutes les figures de cette poque. Il faut noter toutefois la grande

  • simplicit de la coiffure : elle n'a ni ces boucles gracieuses qui ornent le front de l'Apollon du Louvre et de celui du British Mu-seum, ni cette frisure rgulire laquelle les guerriers doriens consa-craient tant de soin et de temps, et dont les figures d'Egine nous offrent de curieux exemples. Ici les cheveux sont trop courts pour se prter une pareille recherche, et ils se terminent sur le front par un simple bourrelet.

    La surface du front est unie et sans model. L'arcade sourcilire est trs-releve, les yeux sont gros, saillants et poss encore un peu obli-quement, suivant ces traditions phniciennes dont l'art grec a mis si longtemps s'manciper. Le globe, au lieu de prsenter une con-vexit rgulire, est sensiblement aplati ; la prunelle parat avoir t peinte, mais la trace laisse par la couleur est presque imperceptible; le regard est vague eL sans expression.

    Le nez est malheureusement cass, pas assez cependant pour qu'on ne puisse avec certitude en retrouver la forme. L'extrmit de la partie osseuse s'accusait |;ar une forte saillie sur les cots et par une bosse sur le dessus; les ailettes taient largement ouvertes, le boni arrondi.

    Le model des joues et de la bouche est d'une habilet tonnante. Le bourrelet form par les chairs au-dessous de l'os malaire convient un homme vigoureux, dans la force de l'ge, et laisse pourtant dj, par la mollesse de sa courbure infrieure, deviner un commencement de fatig'ue. L'apparence nergique de la face est complte par la grosseur du masseter, par la carrure du maxillaire infrieur et par l'ossature trs-accuse du menton, divis en deux par une profonde fossette. Evidemment, les fortes mchoires que l'on sent sous cette enveloppe de chair ont t souvent serres par un effort violent. La bouche, trs-rentre, entre des lvres la coupure ferme et nette, a un aspect trange, et il semble qu'il y ait l, non pas seulement l'in-dice d'un caractre rsolu, mais aussi une particularit individuelle: peut-tre le personnage dont nous avons ici le portrait avait-il eu les dents casses.

    La tte est solidement implante dans un cou pais et musculeux comme elle.

  • -

    La forme des oreilles est importante noter : elles sont colles contre le crne, froisses et tumfies. Ces tumeurs et ces dforma-tions des cartilag*es, avec l'endurcissement de l'oue qui en est la consquence, sont des accidents ordinaires aux lutteurs et aux boxeurs de tous les pays (1). C'est ce que les anciens appelaient avoir les oreilles brises, ' . Voulaient-ils dpeindre un pugiliste ou un pancratiaste? ils n'oubliaient pas de dire qu'il tait , ' (2). Lorsque, dans son hymne aux Dioscures, Thocrite reprsente Amycos dfiant Pollux au combat, il le montre (v. 45] terrible voir, les oreilles crases par les durs coups de poing, sa poitrine norme et son large dos bombs par des muscles de fer, et semblable un colosse en bronze repouss :

    ^, , . "

    , 'V ' *

    -,, ; .

    De l les sobriquets d'oiToOXx&ix; et (',: que l'on appliquait aux lutteurs et qui veillaient, en mme temps que l 'image d'une difformit physique, l'ide de surdit, de brutalit et de btise (3).

    (Ii Philostrate, Ileroicos, IV, 3 (portrait de Nestor): . / ... ' .

    (2) Platon, Protagoras, XXVIII, p. 34t c : : ... ; - [^; ; ... Id., Goryius, LXXl, . Ii15 e: , . Philostrate, Heroicos, XIV, 2 (portrait d'Hector) : ' ; / , , ; ', * ' , Damasciiis dans Suidas, s. t . : ; ; . C,f. Ibid., s. . . Poilus, Onomasticon, IV, 183 (noms des maladies) : . .

    (3 Pollux, Onomasticon, II, 83 : ; , , . Ibid., IV, I i i : . Diogne Larce, V, , Lijcon, 67 : - , ' , . . Lucien, Lexiphane, 9 : . Suidas, s. . : - . Ilsychius, s. V. : , lekker, Anccdota, p. 116, 32 : -/ . -'.. Ibid., . 287, 12: , , ;

  • De l aussi l'habitude, dans les luttes courtoises comme taient celles du gymnase, de se protger les oreilles au moyen de coussinets appels (^:.

    Winckelmann a trs-justement remarqu que les artistes anciens, fidles ces habitudes de consciencieuse exactitude auxquelles l'art grec est en grande partie redevable de son admirable dveloppe-ment, n'avaient eu garde d'oublier, dans les portraits et les statues de lutteurs, cette particularit caractristique (1). 11 cite comme exemples diverses statues de Pollux et d'Hercule reprsent comme pancratiaste, et l'oreille gauche du bel athlte d'Agasias, aujourd'hui au Louvre (l'oreille droite a t restaure). On pourrait joindre cette liste les portraits de pugilistes de la grande mosaque des Thermes Anto-nines, maintenant au palais de Latian. Dans les figurines grotes-ques, celte difformit est naturellement bien plus accuse encore : je citerai surtout un pugiliste, terre cuite provenant d'Hermione et qui fait partie de la belle collection d'antiques de M. Albert Barre. Les lvres injectes, le nez cras, les oreilles tumfies au point que le pavillon en est informe et le trou presque ferm, concourent donner la tte de cette curieuse statuette ia laideur la plus repoussante.

    Notre tte est donc celle d'un athlte, et nous nous expliquons maintenant tous les signes de vigueur et d'habitude de l'effort que nous avons remarqus dans l'ossature et dans les muscles du visage. Il est mme fort croire que c'est la tte d'un athlte clbre, car les tombeaux athniens dcouverts jusqu' ce jour ne sont jamais orns que de simples stles, et il semble bien probable que la loi rservait le luxe d'une statue en ronde bosse aux spultures leves aux frais de l'tat. La dcouverte du reste de la statue et du monu-ment qu'elle surmontait nous permettra-t-elle quelque jour de pn-trer le mystre de cette gloire anonyme, et nous dira-t-elle combien de fois l'olivier d'Olympie, l'ache de Nme, le pin de l'Isthme ou le laurier des premires Pythiades ont ombrag ce front?

    . Eustatlie, p. 1324 : , ' ''. , , .

    () Winckelmann, Histoire de l'art, 1. IV, ch. , do 26 31.

  • 6

    Mais, s'il n'est pas possible aujourd'hui, et s'il y a bien peu d'espoir qu'il le soit jamais, de mettre un nom sous cette lote, du moins, sur la date et sur le mrite de l 'uvre,