L'Être Comme Πολλά Chez Platon. Les Enseignements Du «Parménide» Et Du «Sophiste»

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  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

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  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

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    A

    L Etre

    comme

    no'k'k

    chez

    Platon

    Les

    enseignements

    du Parmnide

    et

    du

    Sophiste

    L'tre est l'Un.

    Tel

    est l'hritage que Platon

    reoit de

    Parmnide.

    Notons

    l expression: non pas

    l'tre est un mais: il est l'Un.

    L'Un,

    ici,

    n'est

    pas

    un

    prdicat,

    ou un accident, c'est l'essence

    mme de

    l'tre.

    Voil ce

    que

    Platon comprend. Quand l'late affirme: ecrxi yp

    evai, u.r|v 5'ok eaxiv (frag. VI), l'tre est, le non-tre n'est pas,

    Platon comprend: l'Un

    est,

    le

    non-un n'est pas.

    Ds lors, le

    sens du par

    ricide

    que

    va

    commettre l'tranger

    dans le Sophiste sera

    non

    pas,

    comme on

    l'entend

    traditionnellement: l'tre n'est pas,

    le

    non-tre

    est

    mais, l'Un

    n'est pas, le non-un

    est. En

    refusant l'identification

    parmni-

    dienne de l'tre l'Un, Platon rvle son vritable dessein, savoir,

    montrer

    que

    l'tre, le rellement rel, le vxco

    v,

    c'est le

    Plusieurs,

    TloXX. Tout

    l'effort

    du Parmnide consiste, en

    effet,

    justifier

    l exis

    tence du

    Multiple.

    Contre Zenon qui le nie1, Socrate veut prouver

    que

    le

    plusieurs

    est

    en

    s

    'levant

    du plan

    matriel,

    o

    se

    situe

    le

    disciple

    de

    Par

    mnide

    au plan

    immatriel

    des

    Ides2.

    Tel est le

    sens

    gnral

    du dia

    logue

    dont

    la premire partie est

    consacre

    prouver

    que

    le Multiple est,

    et

    la deuxime

    que l'Un n'est pas.

    Dans cette dernire Platon affronte la difficult la plus grave,

    celle

    qui

    peut

    dtruire

    la

    thorie des

    Ides:

    comment

    concevoir

    le

    Multiple

    sans

    l'Un?

    Le sort du

    Plusieurs est

    analys dans les hypothses

    six, sept,

    huit

    et

    neuf en

    fonction

    de

    la conclusion de la

    premire:

    l'Un n'est pas.

    Si

    l'Un n'est

    pas, qu'advient-il des

    autres, x akXal Aussitt, ils

    se di

    ssmin nt

    dans une

    srie htrogne,

    x

    aXka

    xepa

    axiv,

    se

    diffusant

    dans la diffrence pure. Car, de

    ces

    autres

    on

    ne peut plus dire qu'ils

    sont autres

    que l'Un

    puisque

    l'Un

    n'est pas. C'est la raison pour laquelle

    ils se multiplient sans limite et sans ordre,

    cbteip 7i,f|9ei. En

    l'absence de l'Un, le multiple se multiplie

    en un pullulement

    plthorique

    Cf. 127 e: TApa xox axtv

    Pou^ovtai

    ctou

    ol Xyoi, ok akko

    xi f[

    nap

    nvxa x

    Xeyueva

    d>

    o

    noXk axi.

    Cf.

    Platon, Parmnide.

    Traduction indite,

    introduction

    et

    notes par Luc Brisson,

    Flammarion, Paris, 1994.

    2 Parmnide, 127e- 130a.

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    8

    Herv

    Pasqua

    qui

    ne connat aucun point d'arrt. Ds

    lors, l'existence du

    multiple est

    elle-mme en danger

    puisqu'elle

    se confond

    avec une dissipation, une

    dsagrgation

    atteignant

    l'atome

    lui-mme

    qui

    se brise

    son

    tour

    en

    une

    multiplicit incontrlable, et ainsi l'infini. Telle est la dbcle catas

    trophique provoque

    par

    la

    ngation

    de l'Un.

    Comment

    Platon

    va-t-il

    pouvoir affirmer

    l'existence

    du Multiple

    aprs avoir ni l'tre de l'Un? Si l'Un

    n'est

    pas,

    rien

    n'est, conclura

    la neuvime

    hypothse3.

    Si l'Un

    n'est point,

    les

    autres

    non seulement ne

    sont pas,

    mais

    ils ne

    se

    laissent

    imaginer ni

    un

    ni plusieurs4.

    Les autres

    que

    l'Un, si l'Un n'est pas, jamais ne pourront se

    penser

    comme mult

    iples. Telle est la raison pour laquelle Platon se trouvera accul

    rejeter

    l'existence

    du

    Multiple

    sans

    l'Un.

    En

    effet,

    si

    l'Un

    n'est

    pas,

    rien

    n'est.

    Telle est

    la

    difficult dans laquelle

    se dbat Platon

    sans pouvoir

    la

    rsoudre

    autrement qu'en

    transformant

    le

    nXr\Qoq en jro,,, c'est--

    dire,

    le

    multiple

    innombrable

    en multiple

    nombrable, le

    multiple

    sans

    l'Un en une multiplicit

    d'Uns:

    les

    Ides.

    Alors

    seulement

    le

    monde

    des

    Ides

    sera un

    monde structurable,

    comptable, o l'addition et la sous

    traction

    seront

    possibles,

    o en d'autres termes les

    Ides

    pourront se

    pr-

    diquer l'une de

    l'autre.

    Mais

    il

    restera pour cela introduire le

    mouve

    ment

    ans cette

    communaut.

    Ce

    sera la

    tche du Sophiste. Pour

    l'heure,

    une

    chose

    demeure

    dmontrer:

    le

    vxco

    v,

    le rellement

    rel, est

    multiple.

    Les deux premires hypothses

    du Parmnide

    dterminent

    la srie

    des

    hypothses qui suivent

    et s'ordonnent selon

    que l'Un

    est ou selon

    qu'il n'est pas. Toutes deux se formulent de la mme

    faon:

    el v

    cmv, si l'Un

    est.

    Mais la premire s'interroge

    sur l'Un

    en

    tant

    qu'unit

    pure5, la

    seconde sur l'Un

    en tant que ralit6. Dans les deux cas, il n'est

    jamais question de l'tre

    en

    tant qu'tre, mais

    de

    l'tre en tant qu'Un

    conformment

    la doctrine parmnidienne. Or,

    c'est

    celle-ci que

    vise

    Platon

    dans son

    dialogue.

    Il

    la

    fera

    voler

    en

    clats

    en

    poussant

    bout

    l'ide

    d'Un: si l'Un

    est

    l'Un

    il n'est

    pas l'tre,

    donc

    il n'est pas.

    Tel est

    le rsultat

    de la

    premire

    hypothse. Toute

    l'argumentation

    repose

    sur

    l'opposition

    de l'Un au

    Multiple:

    S'il est Un,

    n'est-il pas

    vrai

    que

    l'Un

    3

    Id., 165 e.

    4

    Id.,

    166 b: "Ev

    apa

    el [ir\ cm, xXXa uxe cmv orne oeTai

    v

    o5

    .

    5 Id., 137 c-142 b.

    6

    Id.,

    142 b-155 e.

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    L'tre comme noXX chez

    Platon

    9

    ne

    saurait tre

    plusieurs?

    7. L'tre

    est ni

    de l'Un partir de

    cette oppos

    ition.

    Cela

    signifie que, dans l'esprit de Platon, l'tre se trouve

    dj

    du

    ct

    du

    Multiple.

    Ds

    lors,

    dire:

    l'Un

    n'est

    pas,

    c'est

    affirmer:

    le

    p lu

    sieurs est.

    Pierre Boutang, commentant cette partie du dialogue, parle

    d'un

    offusquement de l'tre: Nous disons

    que

    l'tre se trouve offusqu,

    au

    profit de

    l'un8. Le nerf de son argumentation consiste observer

    que la formulation de la

    premire

    hypothse

    ne

    peut

    tre:

    si l'un

    est

    un,

    car il n'y a

    aucune

    trace

    d'une

    telle tautologie dans le texte: e

    ev

    axiv,

    mais

    ce qui est, c'est

    l'Un.

    Il

    s'agit donc bien de

    l'tre-Un

    de Parmnide. En d'autres termes, l'Un n'est pas

    affirm

    indpendam

    ment

    e

    l'tre,

    il

    est

    tout

    simplement

    accentu.

    Sans

    quoi

    la

    thse de

    Parmnide n'aurait pas t

    une

    thse sur l'tre, elle n'aurait prononc

    qu'un

    seul mot,

    l Un9. A l'appui de son

    interprtation l'auteur allgue

    la deuxime hypothse qui exprime nettement

    que

    si l'Un est, s'il y

    a

    quelque chose qui soit un,

    il est

    impossible qu'il ne

    soit

    pas.

    Cette

    fois, l'accent est

    mis,

    non

    sur

    l'Un,

    mais sur l tre.

    Quelle

    que soit

    l'hypothse,

    il reste

    entendu

    que

    tre et

    Un

    sont, ds le dpart, asso

    cis et que

    la diffrence

    entre

    les deux

    rside en une

    diffrence

    d'accent.

    Il nous

    est

    difficile d'adopter

    entirement

    cette interprtation.

    Certes,

    le

    texte

    ne

    montre

    nulle

    forme

    de

    tautologie

    autorisant la

    tr

    aduction

    de

    la premire hypothse: si l'Un est Un.

    Cependant,

    quand Platon se demande si l'Un est, ei ev cmv,

    il

    pense l'tre

    de Parmnide et

    s'interroge

    sur

    son essence

    en

    tant qu'Un.

    C'est la

    raison pour

    laquelle la question si l'Un est quivaut : si l'tre

    est.

    La conclusion

    logique

    est

    que

    si l'tre

    est l'Un,

    l'tre

    n'est

    pas

    l'tre ou, ce

    qui revient

    au mme,

    l'Un n'est

    pas. C'est une terrible

    remise

    en cause

    de

    la

    thse

    de l'late. Donc

    l'tre

    n'est pas, comme

    l'affirme

    Pierre

    Boutang,

    ni au maximum pour

    faire

    apparatre

    l'Un,

    pour

    la

    raison que, au

    stade

    de

    la premire

    hypothse o

    il

    est

    question de l'tre

    parmnidien,

    nier l'tre c'est nier

    l'Un.

    Il n'est,

    par

    consquent, aucunement question

    d'un

    tre

    minimum au

    profit

    d'un

    Un

    maximum, comme

    s'il

    rgnait

    entre

    les deux

    une

    sorte de

    relation

    lastique.

    7

    Id., 137 c: el

    v

    cmv Xko tv ok v

    er)

    rcoA.X

    t

    v.Ontologie

    du

    secret,

    PUF, Paris,

    1973, p. 378.

    Id.

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    5/13

    10

    Herv

    Pasqua

    Que l'Un exclue l'tre

    et,

    en l'excluant, se nie parce que s agissant

    de l'Un tel que

    l'entend Parmnide il

    se confond

    avec l'tre, c'est

    ce

    dont

    le

    texte

    ne

    permet

    pas

    de

    douter.

    En

    effet,

    ds

    le

    dbut

    du

    dialogue,

    11 est

    question non seulement de

    sauver

    la thorie

    des Ides mais,

    gale

    ment, celle de

    la participation10.

    Dans

    la

    deuxime

    partie, il s'agit

    de

    savoir si l'Un participe de l'tre. Ceci est explicitement

    rappel

    au

    moment

    d'noncer

    la troisime

    hypothse:

    Si

    l'Un

    est,

    se

    peut-il qu'il

    soit

    et ne participe

    pas

    l'tre?. Proclus, dans son commentaire,

    abonde en ce sens: il regarde l'Un tantt en son aspect d'Un tantt

    dans son

    aspect d'Un

    Participant11. Si

    donc

    l'Un

    n'est pas, c'est parce

    qu'il ne participe pas de l'tre, il ne s'agit nullement d'un offusque-

    ment.

    L'Un

    n'est

    pas

    parce

    qu'il

    exclut

    l'tre.

    Il

    nie

    l'tre

    pour

    s'affi

    rmer

    omme Un. Ce n'est

    pas

    la mme chose.

    L'Un

    se situe donc au-des

    sus

    e l'tre car,

    s'il

    en

    participait,

    l'tre, comme le montrera la

    deuxime

    hypothse,

    ferait de lui

    un

    Plusieurs. Au

    moment

    impercept

    ible

    Platon

    nie l'tre

    de

    l'Un il

    effectue

    une transmutation du sens

    parmnidien

    de l'tre-Un qui se

    transforme

    en

    un

    tre-pluriel. Au

    terme

    de

    l'hypothse,

    l'Un

    en

    effet

    nie l'tre

    aprs

    s'tre

    oppos

    au

    plusieurs.

    C'est bien l'tre en tant qu'Un de Parmnide

    qui

    est rejet au

    profit

    d'un

    tre-Multiple

    vers

    lequel

    s'oriente tout le

    dialogue

    partir de la

    deuxime

    hypothse12. L'Un donc n'est Un

    que s'il

    n'est

    pas

    l'tre

    qui

    est

    Multiple.

    Le

    noplatonisme

    en

    tirera

    toutes

    les

    consquences

    en

    situant

    l'Un de la

    premire hypothse

    au del de tout

    tre, icKeiva

    if\q

    ouaia.

    Platon est

    all jusqu'au bout de

    l'analyse

    de l'Un dans la

    premire

    hypothse.

    Il fera

    de

    mme avec

    l'ide du

    Multiple dans la deuxime. Le

    passage

    celle-ci

    est un recommencement

    qui

    constitue le vritable

    point de dpart de ce qui suivra. Cette fois-ci,

    il

    s'agit de considrer les

    consquences qui

    dcoulent

    de

    l'affirmation

    que

    l'Un est,

    non pas en

    tant

    qu'unit, mais en tant que ralit. Platon envisage l'Un

    et

    l'tre la

    fois.

    Aussitt,

    il

    doit reconnatre

    la

    multiplicit

    qui

    tait

    nie

    de

    l'Un

    lors

    de

    la premire

    hypothse.

    Car si l'Un est, ncessairement il est

    deux: l'Un

    et l tre;

    il

    se transforme en un tout compos

    de

    deux parties. C'est la

    raison pour laquelle le but

    de

    la

    deuxime

    hypothse est

    de

    montrer

    que

    unit

    et pluralit sont compatibles et possibles l'une par l'autre. Quand,

    10 Cf. Victor

    Brochard, tudes

    de

    philosophie ancienne et

    de

    philosophie

    moderne,

    Flix Alcan,

    Paris,

    1912.

    11 Proclus, In Parmenidem, I, 14.

    Trad.

    A.-. Chaignet.

    12 Cf.

    Jean Wahl,

    tude

    sur le Parmnide

    de

    Platon, Vrin, Paris, 1951, p.

    130 ss.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

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    L'tre comme noXX chez Platon

    1 1

    en

    effet, on dit

    l'Un est,

    on dit

    en mme temps

    l'Un

    n'est

    pas

    Un

    mais une pluralit

    et,

    inversement, quand

    on dit

    la pluralit

    est

    on

    pense

    une pluralit.

    L'tre

    introduit

    donc

    le multiple

    dans

    l'Un.

    Car

    l'Un et l'tre

    apparaissent

    comme

    deux

    entits. Aussi intimement unis

    qu'il puissent tre, ils ne peuvent jamais s'identifier

    compltement

    parce

    que dans

    ce cas ils

    se

    confondraient:

    l'tre serait

    l'Un et

    l'Un serait

    l'tre, on

    retournerait

    Parmnide et

    on

    tomberait

    sous

    le

    coup

    des cri

    tiques formules

    contre

    la

    premire

    hypothse. Nous nous trouvons

    donc

    devant une Dyade,

    c'est--dire

    un

    tout

    compos de deux parties dont

    l'une

    est indissociablement rattache

    l'autre.

    L'Un est insparable de

    l'tre et l'tre

    de l'Un. Cela

    signifie

    que

    autant

    de

    fois

    je considrerai

    chaque

    partie,

    autant

    de

    fois

    chaque

    partie se transformera

    en un

    tout

    compos d'un

    et d'tre.

    Que l'on aille aussi

    loin que l'on

    voudra,

    que

    l'on prenne

    la plus

    petite partie

    de

    chacun,

    puis la plus

    petite encore,

    on

    aura toujours deux parties o l'un se rattache encore

    l'tre.

    La Dyade

    se rpte sans fin. Ainsi, comme

    dit

    Jean Wahl,

    l'ide

    d'infini se mle

    trangement

    l'ide

    de dualit13. Le v v

    est

    infini quant

    la multi

    tude, 7T^f|0o.

    Donc,

    si

    l'Un

    est, le Multiple triomphe

    L'Un, qui

    chaque fois,

    est,

    se transforme en nombre

    et

    se distribue sur toute

    la mult

    itude

    des

    tres,

    il

    se multiplie

    en une rptition

    contagieuse.

    Ainsi,

    affi

    rmer

    l'Un

    est

    c'est

    introduire

    un

    principe de

    divisibilit infinie au

    cur

    de

    la

    Monade.

    L'tre

    apparat

    comme

    le principe

    du

    Multiple.

    Dsormais, le Multiple se dplie sans cesse.

    Tout

    l'effort de Platon

    va

    ds lors consister

    imposer une

    limite

    au Multiple sous

    peine de voir

    l'Un-tre s'mietter, le monde

    des Ides se dissocier,

    et perdre

    l'espoir

    d'une

    communication entre elles, ce

    qui

    rendrait impossible la prdication.

    Il faut donc

    de toute

    ncessit

    que

    le Multiple

    s'accorde

    l'Un

    comme

    sa

    limite.

    Comment

    le vxco v, le rellement rel, les Ides, peut-il la

    fois

    tre

    un et multiple? La

    troisime

    hypothse a pour

    tche

    d'apporter

    les lments d'une

    rponse

    cette question qui met en

    jeu le

    platonisme.

    Elle

    consiste,

    dans

    un

    premier

    temps,

    recueillir

    les

    conclusions

    des

    deux

    premires

    hypothses en les additionnant: Si

    l'Un

    est, tel que

    nous l'ont

    prouv nos

    dductions, d'une

    part un et multiple, d'autre

    part ni

    un

    ni

    mult

    iple, d'ailleurs participant au mme temps, n'y a-t-il pas ncessairement

    pour

    lui, parce qu'il est

    Un, un moment o

    il participe

    l'tre?14.

    13 Op. cit., p.

    77.

    14 155 e, trad.

    A.

    Dis: T v el axw olov 5iXr|A.C8anev, &p'

    ok

    vyicri

    aT v

    xe v

    Kai

    noA.A, kc nr\zs

    v |if|xe

    rco>A

    icai

    hex^ov xpvou, cm

    nv

    axiv

    v

    oaia nex^ew nox, ti

    5

    'ok eaxi

    \ir\

    nex^eiv au rcoxe oaia.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    7/13

    12

    Herv

    Pasqua

    Ce texte

    montre

    que

    ce

    qui

    permet

    de

    cumuler

    les rsultats des

    deux

    premires

    hypothses est

    l'introduction de la notion de temps.

    L'Un-qui-

    est,

    en

    effet,

    accueille

    toutes

    les dterminations

    refuses

    l'

    Un-pure

    ment-un.

    Or, parmi

    celles-ci se

    trouvent les dterminations temporelles.

    L'Un, donc, est

    et il

    n'est plus hors du temps.

    Il

    prend

    part l'tre

    selon

    le prsent,

    c'est--dire,

    l'ouverture par

    laquelle

    l'Un

    passe

    l'tre

    et

    l'tre l'Un. Le passage continu entre

    les

    deux est ncessaire car,

    comme Parmnide l'a clairement tabli au cours de la deuxime hypot

    hse, autre

    est l'tre,

    autre

    l'Un. Ce n'est point son unit qui

    fait l'Un

    diffrent de l'tre, ni la ralit de son tre

    qui

    fait l'tre autre

    que

    l'Un:

    c'est le diffrent,

    l'autre,

    qui les

    diffrencie mutuellement15.

    Ainsi il y a

    un

    troisime lment, le

    Diffrent,

    qui

    diffre

    et

    de

    l'Un

    et

    de

    l'tre

    et

    de leur

    couple16. En introduisant

    la Diffrence au

    cur

    de la

    Monade,

    la

    Dyade ouvre

    l'Un

    l'Autre

    au

    risque de

    le perdre

    dans

    une multiplicit

    cancrigne et mortelle.

    La

    seconde

    hypothse avait

    montr

    que

    la

    naissance

    de l'Un est la

    mort du Multiple: l'Un

    exclut le Multiple, le Multiple exclut l'Un.

    Or,

    Platon veut et

    l'Un

    et le

    Multiple.

    C'est

    la

    raison pour laquelle

    la

    tro

    isime

    hypothse,

    en

    rassemblant

    les

    conclusions

    prcdentes,

    nous

    place

    devant un Un

    qui

    est et

    qui

    n'est pas,

    qui

    nat et

    qui prit: Un

    donc et

    multiple,

    naissant et prissant, est-ce que

    sa naissance comme

    Un

    n'est

    pas

    sa

    mort

    comme

    multiple

    et

    sa

    naissance

    comme

    multiple,

    sa mort comme Un?17. Ce passage de

    l'Un au Multiple et

    du

    Multiple

    l'Un suppose

    l'introduction

    du

    changement au

    cur du Mme

    par

    lequel celui-ci puisse devenir

    Autre.

    Or,

    tant m, s'immobiliser, tant

    immobile,

    passer

    au mouvement,

    comment cela sera-t-il possible

    s'il

    n'y a aucun temps o il puisse n'tre ni m ni immobile et

    cesser

    d'tre

    l'un pour devenir l autre? Car ce changement

    ne peut

    s'oprer quand

    il

    est immobile ou

    quand

    il est

    m.

    Il

    doit ncessairement

    s'effectuer

    entre les

    deux,

    dans l'intervalle,

    au moment

    du passage. Or, au moment

    o

    il

    est

    en

    train

    de

    passer,

    il

    n'est

    ni

    l'un

    ni

    l'autre.

    Ce

    moment

    ne

    peut

    tre

    qu'un

    aiorcov,

    un sans-lieu, un hors-temps.

    trange

    chose

    qui

    est la fois point de dpart et point d'arrive pour le changement du

    mobile qui passe

    au repos

    comme

    pour

    celui de l immobile qui passe

    au

    15

    Id., 143 b.

    16 Cf. J.F. Matti, L'tranger et le Simulacre,

    PUF,

    Paris, 1983, p. 216.

    17 Parmnide, 156 b:

    "Ev

    kc

    nolXa.

    v

    Kai

    yiyvjisvov kc noX.A.C|ievov

    p'

    o>x xav

    \iv

    yiyvT|Tcu ev, x no k k

    eivcu

    nXXvxai, xav

    noXX,

    t

    v

    elvai n'kXvxai.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    8/13

    L'tre

    comme noXX chez Platon 13

    mouvement18. Ainsi, l'Un

    pourra

    changer pour passer d'un de ces

    tats

    l'autre,

    mais en

    oprant

    ce changement dans

    un moment instan

    tan

    ui ne

    saurait

    tre ni

    m

    ni

    immobile

    et,

    par

    consquent,

    en

    aucun

    temps.

    Instant,

    en grec, se dit ai(J>vr|, mot compos de ^ hors

    de, et

    de avr|, subitement, issu de

    l'adverbe

    potique av|/a,

    tout

    coup ou sur le champ. L'instant serait

    sortie

    comme point de dpart

    intemporel

    et neutre selon

    l'expression de

    A. Dis19.

    L'Un

    donc

    se pr

    sente

    hors

    du

    temps, en cet instant o il passe sans passer,

    dans

    ce pas

    sage, cette

    ouverture

    o il

    se

    montre

    en se cachant,

    parat en

    disparais

    santt claire en aveuglant. Jean Wahl parle d'un trou dans le temps

    conduisant au

    del

    du

    temps

    et,

    avec

    Proclus,

    il y

    voit

    volontiers

    l uvre

    de la foudre hraclitenne qui gouverne tout parce que lie

    au

    Feu spiri

    tuel

    qui

    assure

    la

    permanence

    du passage, coule de lumire

    dont

    la

    source jaillit en un clat,

    en

    cet instant

    suprme

    de l'ascension dialec

    tiqueo le

    Bien se

    montre au-dessus des tres et le Beau sans

    forme se

    dvoile

    au

    del

    de toutes

    les

    formes20.

    Plutt qu'un trou dans le temps J.F. Matti prfre voir dans

    l'^ai((>vr|

    une

    torsion21. Torsion

    des

    fils de la

    premire et

    de

    la

    deuxime hypothse qui tissent la suite

    entire

    des hypothses. La tro

    isime se

    situe prcisment au

    croisement

    des deux

    fils qu'elle

    entrelace.

    L'Un

    de

    la

    premire

    chasse

    l'tre,

    il

    se

    retire

    en-de

    de

    lui-mme.

    puis,

    extnu par les ngations,

    il

    ne lui reste plus assez d'tre ni pour

    tre, ni pour tre un. Dans la deuxime, l'tre cette

    fois

    s'affirme de

    l'Un. L'unit se transforme en totalit, la monade

    en

    dyade

    qui

    se rpte

    infiniment et

    se multiplie sans cesse, excdant toute limite. C'est

    alors

    qu'intervient la troisime

    hypothse pour montrer

    comment dans la

    fu

    lgurance

    de l'^ai

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    9/13

    14

    Herv

    Pasqua

    jointure

    et point de rupture. J.F. Matti

    montre

    admirablement comment

    elle constitue

    un

    principe d'ordre pour

    la

    distribution de l'ensemble des

    hypothses

    en

    la

    srie

    impaire (1,5,7,9)

    des quatre

    hypothses

    sur

    l'Un

    et en la

    srie

    paire

    (2,4,6,8)

    des quatre hypothses

    sur

    l'tre. Jamais,

    ces

    deux

    sries

    ne

    pourraient se

    rencontrer sans

    l'ai(|)vri

    o fusionnent

    les contraires, o

    se

    scinde le Mme,

    la fois point de dpart et point

    d'arrive,

    origine de

    l'exil et

    source

    de toute

    nostalgie, site trange o

    bientt

    va

    apparatre l'tranger, incarnation de l Autre qui

    circulera sans

    cesse parmi

    les Genres

    s

    'introduisant dans le Mme

    pour

    sortir de lui

    et

    l'entraner sa

    suite

    travers le Multiple pour le sauver

    de

    l'miette-

    ment. Ainsi l'Autre, le Diffrent, prend la premire

    place

    et

    se fait

    prin

    cipe.

    La

    troisime hypothse annonce l'tranger

    du

    Sophiste qui

    s'ident

    ifiera l'late parricide.

    Le

    Parmnide

    a

    montr que

    l'Un n'est pas. Le Sophiste

    va

    affirmer

    que le non-un est. Le non-un, c'est--dire, le Plusieurs. Tel

    est

    le monde

    des Ides, le

    TtavxeA-

    v,

    tout

    l'tre.

    L'tre

    n'est

    pas Un, il

    est Mult

    iple.

    Et

    c'est parce

    que

    Parmnide identifie l'tre et

    l'Un que

    l'tranger

    d'le pourra perptrer son parricide

    en

    affirmant que

    l'tre n'est pas,

    c'est--dire: l'Un n'est pas. Seul est

    le Multiple, le

    non-un qui, aux

    yeux

    des lates, est le non-tre.

    Ainsi

    pourra-t-il

    dmontrer

    que le non-un est

    en

    montrant que l'tre

    est

    plusieurs. Tel est le dessein du Sophiste. A

    vrai

    dire,

    l'effort

    visant prouver

    que

    l'erreur est

    possible

    afin

    de

    dnonc

    eres Sophistes sert de prtexte un dessein plus fondamental:

    dmont

    rera ralit du non-tre. Parti,

    donc,

    la

    chasse

    au

    Sophiste, l'tranger

    le rencontre

    la cinquime tentative de dfinition: c'est

    un

    prestidigita

    teur

    e

    mots,

    il

    transforme le faux en vrai, il fait tre ce qui n'est pas.

    C'est

    ce dernier

    point qu'il

    s'agit

    prcisment de rfuter

    en dmontrant,

    contre Parmnide, que le non-tre

    est. Cette dmonstration occupe la

    plus

    grande partie

    du

    discours (237a-259d). Le reste, la

    deuxime

    partie,

    plus brve (259e-268d), consistera simplement recueillir les fruits de

    l'effort

    fourni

    et

    revenir

    ensuite

    la

    coque22,

    la

    dfinition du

    sophiste,

    pour appliquer les rsultats de la dmonstration la possibilit de

    l'erreur dans

    le discours,

    l opinion

    et

    l'imagination.

    Rendu en ce point, l'tranger pourra prendre cong

    de

    ses interlo

    cuteurs

    et

    poursuivre

    sa route. Route

    d'exil,

    car cet inconnu,

    dont

    on

    ne

    saura jamais

    le

    nom, n'a

    plus de

    chez soi.

    Venu d'ailleurs,

    il est

    parti

    22 Th. Gomperz

    distingue

    les

    deux parties du Sophiste en appelant l'une le fruit,

    l autre la

    coque, in

    Les

    Penseurs

    de la Grce,

    II, p.

    592.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    10/13

    L'tre

    comme noXX chez Platon 15

    sans

    retour

    possible. Voyageur errant,

    rien ne

    le rattache dsormais une

    origine. Toujours de passage,

    il

    passe aujourd'hui Athnes23 o

    Socrate

    reoit

    Thtte

    venu

    avec

    un

    ami

    d'tudes, Socrate

    le

    Jeune,

    homonyme muet

    du

    premier, et Thodore

    qui

    amne, lui, l'tranger ano

    nyme venu d'le

    sous la

    protection sans nul doute du

    dieu

    des voyag

    eurs, Herms

    le

    messager

    divin, compagnon

    des hommes qui

    rvrent

    la justice,

    se manifestant partout

    o il y a communication,

    change24.

    Jamais

    fix

    en un lieu,

    toujours

    instable, en perptuel mouvement,

    il

    incarne le

    principe de

    la mobilit,

    de

    la

    transition

    vers l'Autre. L'trang

    er,

    'il

    n'est point un dieu,

    du

    moins apparat-il Socrate comme un

    tre divin, c'est--dire,

    un

    philosophe. Ainsi, le double de Socrate l an

    onyme

    en

    compagnie

    de

    l'homonyme

    part

    la

    chasse

    au Sophiste dans

    un

    mouvement

    de

    descente

    consistant

    en

    la mthode de division.

    La

    division, en effet,

    est une

    descente

    dans la mesure o,

    s

    'intro

    duisant dans le cur de

    l' tre-Un,

    elle le fait couler dans l' tre-Mult

    iple

    ar

    l'tranger, fils

    ingrat,

    va porter son geste parricide

    sur l'Unit

    parmnidienne.

    Geste terrible mais inspir,

    car

    l'Un n'est pas. Ainsi

    l'tre-Un va

    se

    dverser hors de soi.

    Tout

    ce

    qui sera,

    dsormais, ne sera

    plus qu'exil, altrit absolue

    dont

    l'tranger nous prsente

    le

    troublant

    visage.

    L'tre n'est

    plus reconnaissable

    autrement

    que sous la

    forme

    d'une

    multiplicit bante

    se rpandant

    en Diffrence pure. L'Autre s'est

    introduit

    dans

    le

    Mme,

    il

    a

    fragment

    l'Un

    en plusieurs Genres

    et

    dis

    sous l'tre dans

    une

    fusion anarchique,

    il

    a

    bris le

    silence glac

    et vide

    de l'identit. Ds l'origine,

    au

    sein

    mme de l'pxT|, la division rgne

    et

    transforme

    le

    principe

    en

    source, c'est--dire

    en

    plaie bante.

    Tel est le

    parricide,

    il rside

    en

    un saut

    dans

    la diffrence

    qui fait sortir l'Un de

    son identit morte.

    L'exil

    de l'tranger est intrieur, il a dtruit

    toute

    possibilit de

    retour

    en

    dtruisant

    l'origine.

    Au commencement,

    il y a le

    Plusieurs. Toute la question

    est

    de

    savoir comment ce

    Plusieurs

    peut tre un ou, en d'autres

    termes, com

    ment

    le

    non-un,

    c'est--dire,

    le

    non-tre,

    peut

    tre.

    L'tranger dmont

    rera

    'existence du

    non-tre en montrant

    que

    l'tre est multiple et que

    cette

    multiplicit est mouvante. Au pralable, il devra

    vacuer

    le

    double

    handicap des

    thses

    immobilistes qui

    figent l'tre et le transforment

    en

    une

    statue

    inerte et

    vide25,

    et des thses mobilistes

    qui

    plongent tout dans

    23

    Soph.,

    216 a-217 a.

    24

    Cf.

    J.F. Matti, op.

    cit., pp.

    184-193.

    25 Soph.,

    241 e.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    11/13

    16

    Herv Pasqua

    la

    translation

    et le mouvement

    rendant impossible

    l'identit.

    Car, tel

    un

    enfant,

    Platon veut tout: et le repos et le mouvement C'est pourquoi il

    affirme

    que

    l'tre

    est

    l'un

    et

    l'autre

    la

    fois.

    Cependant,

    affirmer

    l'tre

    du

    mouvement et

    du repos,

    loin

    de rsoudre

    le problme

    de l'tre,

    le

    pose

    dans toute son acuit. Ces deux notions, en effet, sont contraires et irr

    ductibles

    l'une l'autre26. Le mouvement n'est pas le repos, le repos

    n'est

    pas

    le mouvement. Dire, donc, le

    repos

    et le mouvement

    sont,

    c'est

    les confondre dans

    un

    mme tre. Or cela

    est

    absurde. La seule faon

    d'viter cette conclusion est

    de reconnatre que l'tre

    n'est point

    l'ensemble mouvement-repos,

    mais autre qu'eux27.

    Une

    fois

    ceci

    admis, il apparatra clairement que l'tre n'est ni le mouvement ni le

    repos.

    C'est

    un

    troisime

    lment,

    un

    troisime

    genre

    distinct

    des

    deux

    autres et

    s'ajoutant

    chacun d'eux. En

    tant

    que

    tel,

    il permet la

    commun

    ication en se mlant

    au

    mouvement et

    au

    repos qui ne sauraient se mler

    l'un

    l'autre.

    Ainsi, l'tre peut

    s'affirmer

    de chacun

    sans

    se confondre

    avec aucun d'eux. Nous

    nous

    trouvons donc maintenant devant

    trois

    genres: le

    Repos,

    le Mouvement et l'tre. Mais trois genres tels qu'ils

    peuvent

    communiquer entre

    eux rendant ainsi possible la prdication.

    A

    l'altrit interne

    du couple de

    contraires s'ajoute ainsi l'altrit

    externe

    de

    l'tre au couple. Chacun des

    trois genres, pouvons-nous

    dire

    dsormais,

    se

    distingue des deux autres et demeure identique soi.

    Ce

    faisant

    nous

    posons

    un

    nouveau

    couple:

    Identit

    et

    Diffrence.

    Nous

    introduisons deux genres

    nouveaux diffrencis des trois

    premiers,

    bien

    que

    toujours

    mls

    ncessairement

    eux28.

    Cette

    fois,

    le

    nombre

    des

    genres

    s'lve

    cinq: le

    Repos,

    le Mouvement, l'tre, le

    Mme

    et

    l'Autre.

    L'tranger

    s'efforce de

    bien

    distinguer

    ces

    cinq genres afin de

    montrer

    que

    l'tre ne

    se confond ni

    avec le

    Mme ni

    avec l'Autre. S'il

    tait identique au Mme, alors: a) le Mouvement qui est, tout

    autant

    que

    le

    Repos, serait

    le

    mme

    que le

    Repos; b)

    le Repos

    qui est, tout

    autant

    que

    le Mouvement,

    serait

    le mme que le

    Mouvement. Donc, Mouvem

    ent,

    epos

    et tre

    s'abmeraient

    dans

    l'Identit

    vide, ils

    s'effaceraient

    en

    s

    'enfonant dans le dsert de l'Un. S'il tait identique l'Autre alors:

    a) l Autre

    ne serait

    pas

    autre

    que l tre; b)

    l'tre

    serait

    autre

    que

    l'Autre. Une conclusion s'impose si nous ne voulons

    pas

    nous noyer

    dans

    un

    torrent

    d'absurdits: l'tre

    de l'Autre n'est pas

    l'tre, c'est

    26

    Id.,

    250 a.

    27

    Id.,

    250

    c.

    28

    Id.,

    254 e.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    12/13

    L'tre

    comme

    noXX

    chez

    Platon

    17

    l'tre de la

    Relation.

    En effet, l'Autre

    ne se

    dit que

    relativement autre

    chose29.

    En tant

    que

    relation, l'Autre

    assure

    la participation des

    genres

    et

    les arrache

    l'Identit.

    Il

    donne

    la

    vie

    la

    communaut

    des

    genres

    en

    circulant travers eux, en

    se rpandant

    sans arrt dans

    l ensemble,

    y

    compris

    dans l'tre

    lui-mme.

    La

    Diffrence triomphe

    de l'Identit,

    mais sans

    se

    perdre car c'est l'Identit elle-mme

    qui exige

    la

    prsence

    du Diffrent,

    sauvant

    ainsi

    l'existence

    des Genres, c'est--dire, la Multip

    licit des

    Ides.

    Quelle

    est la nature

    de

    cette Altrit

    qui

    pntre tous

    les genres,

    et

    par consquent l'tre aussi? Chaque

    Genre, avons-nous

    vu, est le mme

    que

    soi et autre que

    les

    autres, donc non-tre.

    Nous nous trouvons

    devant

    la

    dfinition

    du

    non-tre:

    ce

    n'est

    pas

    le

    contraire

    de

    l'tre

    le

    Nant

    c'est l'Autre.

    S'il

    peut

    tre autre que l'tre

    sans tomber dans le

    Nant,

    c'est parce

    qu'il

    est autre non

    pas de l'tre en

    tant

    qu'tre mais

    de l'tre en tant qu'Un. Le non-tre, c'est le non-un: il est l'tre

    du

    mult

    iple. Donc

    le non-tre

    est

    Il

    est parce qu'il

    est

    multiple. Le

    non-tre

    n'est pas moins tre

    que

    l'tre lui-mme; car ce n'est point le contraire

    de l'tre

    qu'il exprime,

    c'est simplement autre

    chose que lui30.

    Le

    non-

    tre est.

    Il est

    l'Autre: l Autre que l'tre-Un

    et

    non

    le

    contraire de l'tre.

    Le non-tre

    est, le

    non-un

    est, le multiple est,

    l'tre est mult

    iple:

    autant

    de formules quivalentes qui dcoulent de la

    ngation

    de

    l'tre

    parmnidien.

    L'affirmation

    de la Diffrence pure provoque le dclin de l'Un.

    Mais l 'Altrit, elle, divisant les genres, les parcourt

    et

    les traverse

    en

    les

    faisant communiquer entre

    eux:

    elle n'miette pas l'tre,

    dj

    multiple

    (les

    Ides),

    elle le distribue sur toute la srie des genres

    dont

    l'unit se

    maintient au

    pluriel

    grce

    la relation.

    L'tranger a insist sur ce

    point: chaque genre, en se dtachant

    des

    autres,

    conserve son galit

    soi

    de telle manire que

    leur

    multiplicit

    soit constitue d'units et ne

    sombre pas dans

    une multiplicit devenue

    folle,

    dchane

    et

    hors

    d'elle-mme.

    Car

    une

    telle

    multiplicit

    plonger

    aita Diffrence dans

    l'in-Diffrence

    faute de

    diffrer

    de l'Identique,

    c'est--dire

    force de vouloir tre Diffrence pure31. C'est ce

    que

    veut

    dire

    l'tranger quand

    il

    affirme: tout ce qui est autre a comme caractre

    ncessaire de n'tre ce qu'il est

    que

    relativement autre chose32. Cet

    29

    Id.,

    255 d: x

    y xspov ti

    rcp

    xepov r\ yp.

    30

    Id.,

    258 b.

    31 Cf. J.F. Matti, op.

    cit.,

    p. 88.

    32

    Sophiste,

    255

    a.

  • 8/12/2019 L'tre Comme Chez Platon. Les Enseignements Du Parmnide Et Du Sophiste

    13/13

    18

    Herv

    Pasqua

    autre, en

    effet, est

    aussi

    toujours le

    mme

    que soi. Pas

    de

    Diffrence

    donc sans

    Identit de l Autre

    jamais autre que lui-mme,

    toujours

    en

    exil,

    d'une

    errance

    insurmontable.

    Car,

    ds le

    commencement, la

    Diff

    rence diffre parce que si l'tre est

    l'Un,

    l'tre

    n'est

    pas

    l'tre, et

    l'Un

    n'est rien.

    Seul

    est le Multiple.

    Institut

    Universitaire Saint-Melaine

    Herv Pasqua.

    Campus de Ker-Lann

    F-35170Bruz

    Rsum.

    L'tre

    est

    l'Un.

    Tel est

    l'hritage

    que Platon reoit de Parm-

    nide.

    Non pas l'tre

    est

    un,

    mais:

    l'tre

    est l'Un. Autrement dit,

    l'Un

    n'est

    pas

    prdicat

    ni

    accident de l'tre,

    il

    en

    constitue

    l'essence. Quand

    l'late

    affirme:

    l'tre

    est, le non-tre n'est pas,

    Platon

    comprend:

    l'Un

    est, le non-Un n'est

    pas.

    Ds

    lors, le sens du parricide que va commettre

    l'tranger

    dans le Sophiste

    sera

    non pas,

    comme on l'entend

    traditionnellement: l'tre n'est pas, le non-tre est,

    mais l'Un n'est pas,

    le non-Un

    est. En refusant l'identification

    parmnidienne

    de

    l'tre l'Un,

    Platon

    rvle son vritable dessein, savoir, montrer

    que

    l'tre, le

    rellement rel, le onts

    on,

    c'est le

    Plusieurs

    (les

    Ides).

    Abstract. Being

    is the

    One. This

    is

    Plato's

    inheritance

    from Par-

    menides. Not

    that Being

    is

    one, but:

    Being

    is

    the One.

    In

    other words: the One

    is

    not a

    predicate or an accident of Being, but is

    its essence.

    When the thinker

    from

    Elea

    affirms that

    Being

    is

    and

    non-Being

    is not,

    Plato

    understands:

    the

    One

    is,

    the

    non-One

    is not. Hence the meaning of the

    patricide

    which the

    Foreigner is going to commit

    in

    the

    Sophist

    will not be the traditional inter

    pretation:

    Being

    is not, non-Being is, but: the One is not, the non-One is. By

    refusing to follow Parmenides' identification of

    Being

    with the One, Plato

    reveals his true purpose, namely

    that

    of

    showing that

    Being, the really

    real,

    the

    onts on, is the Manifold

    (the

    Ideas). (Transi, by J

    Dudley).